Jeudi 28 janvier, nous avons organisé au Parlement bruxellois, une réunion d’information sur l’expansion des cultures pour la production d’agrocarburants en Colombie. Nous avons discuté avec divers interlocuteurs, tels que la Coordination Belge pour la Colombie, le Grupo Semilla, Oxfam, le CNCD, de ces palmiers à huile et de ces cannes à sucre qui posent problème. En effet, des questions se posent quant aux impacts de ces cultures « dites vertes » sur l’environnement, les droits humains et la souveraineté alimentaire.
Ces agrocarburants ont été pensés comme une alternative au pétrole. Cependant,
nous prenons de plus en plus conscience de ses effets néfastes ! Ceux-ci ont largement été constatés par une mission effectuée sur place en juillet 2009. Ce groupe, composé d’une quarantaine de personnes issues de divers pays européens, a voyagé dans une Colombie ravagée par un conflit et au prise d’une crise humanitaire.
Le déplacement de 2 à 3 millions de Colombiens est l’une des expressions les plus dramatiques du conflit. Il n’existe aucune disposition afin de rendre ces terres mobilisées par les paramilitaires. Par ailleurs, on peut constater un des plus haut taux de concentration de terre en Amérique Latine.
Les grandes terres sont aux mains des industries d’agrocarburants ! Celles-ci sont subventionnées par le gouvernement avec pour excuse la création d’emploi. Néanmoins, des lois apparaissent visant la flexibilisation du travail. On sous-traite l’emploi à travers des collectifs, appelés coopératives. Ce système de contractualisation, via un intermédiaire de travail, ne prévoit pas d’organisation syndicale ou de négociation sociale. Le travailleur reçoit la moitié du salaire perçu par celui qui est employé directement. Or ils sont 90% à être engagés via les coopératives… La réponse du gouvernement ne fait pas un pli : adaptation aux traités de libre-échange.
Stéphane Compère, du CNCD, nous a décrit les impacts observés suite à ces monocultures qui nécessitent à la base un grand investissement. D’un point de vue environnemental, toute une série d’effets sont à déplorer :
déforestation, problème de biodiversité, pollution, érosion des sols,… Les communautés indigènes luttent pour récupérer leurs terres. Mais les avancées judiciaires sont quasi nulles. Leur souveraineté alimentaire est de plus en plus menacée. Tandis que les migrations ainsi que les conditions de travail vécues affectent la cellule familiale. Effectivement, des mesures législatives sont mises en place, dont des crédits par exemple, de manière à aider la production d’agrocarburants.
Le gouvernement colombien promeut l’utilisation des champs dans une vision internationale du travail en Colombie, comme nous l’expliquait Paula Alvarez del Grupo Semilla. Des normes sont mises en place pour y parvenir. On retrouve notamment des subventions, comme évoqué précédemment, mais aussi l’obligation pour la population d’utiliser un mélange d’éthanol et d’essence.
Cet éthanol occupe actuellement 220 000 hectares de terres. Le phénomène de concentration des cultures est lié à un problème de propriété. Il n’est pas négligeable de rappeler que 5 millions d’hectares de terres ont été expropriées pour en faire des cultures d’agrocarburants. Celles-ci ont un lien direct avec les conflits colombiens essentiellement basés sur des soucis au sujet de la notion de propriété.
On peut, dès lors, se demander qui s’approprie de manière violente ces terres extrêmement fertiles ? Selon le gouvernement colombien, 18 millions d’hectares sont disponibles pour les agrocarburants et cela n’affectera en aucun cas les cultures alimentaires. Mais nous ne pouvons pas ignorer la structure monopolistique colombienne. 3/5 des marques d’éthanol sont détenues par la même famille. Des subventions pour la culture alimentaire lui ont été octroyées.
Les cultures alimentaires sont abandonnées pour des agrocarburants. En 2009, plus de 9 millions d’aliments ont été importés. Troublant pour un pays qui se plaçait comme exportateur alimentaire de premier ordre !
Aujourd’hui, 41% des Colombiens sont dans une insécurité alimentaire.
Et si tout cela servait à une planète plus verte ? Tout le paradoxe se trouve ici : ce n’est pas le cas !
Les agrocarburants demandent une forte consommation d’énergies afin d’être cultivés. Les machines, fertilisants, insecticides et autres sont alimentés avec du pétrole. L’énergie verte est de ce fait produite sur la déforestation… Il est temps de réviser très longuement les normes prises en Europe.
D’un point de vue législatif
Un des moyens d’amener le gouvernement colombien à mettre en application les traités internationaux qu’il a signé est, par exemple, de refuser la ratification de l’accord de protection réciproque des investissements tant que des mécanismes de mise en œuvre et de contrôle des normes sociales et environnementales n’y seront pas effectivement prévus. Cet accord a été signé par la Colombie et la Belgique en février 2009 dans le cadre de l’Union économique Belgo-Luxembourgeoise (mais non encore ratifié par les parlements nationaux et fédéraux). Celui-ci, tout comme
le traité de libre échange en discussion entre l’UE et la Colombie, omet les clauses usuelles relatives au respect des droits humains et du travail. Aucune étude préalable n’a été menée pour permettre aux parties d’évaluer les impacts possibles dérivant de tels accords.