mardi 22 avril 2008
Dernière chronique de Colombie.
Par Marie Nagy, mardi 22 avril 2008 à 17:56 :: Chroniques de Bogota
Bogota avril 2008
Je suis rentrée en Belgique. Comme toujours le long voyage en avion sert un peu de sas de décompression entre ces deux pays et les fortes attaches que j’entretiens avec les deux.
La situation d’Ingrid Betancourt et des autres otages semble être au point mort. Yolanda Pulecio, comme depuis le premier jour de l’enlèvement de sa fille, ne perd pas espoir et ne ménage pas son activité pour toute action que pourrait servir à sa libération. Elle m’explique que les français ont pris l’initiative d’envoyer un avion sanitaire sans avoir un contact réel avec les Farc et que celles-ci restent aussi intraitables que le Président Uribe sur les conditions pour entamer une discussion, que l’armée dégage deux municipalités, Pradera et Florida, ce que refuse le Président. Elle n’attend rien du Gouvernement colombien.
Celui-ci tente de se tenir à l’écart de la « parapolitica » mais des personnalités tel que le cousin du Président et son allié politique, Mario Uribe, vient d’être arrêté par la justice et accusé de liens avec les paramilitaires. La Présidente du Sénat elle-même pourrait être inculpée dans les jours ou les semaines qui viennent. Uribe a d’ailleurs lancé un avertissement à la Court Suprême en lui demandant de réfléchir aux implications pour les institutions des inculpations des parlementaires, 51 à ce jour. C’est une forme d’intervention du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire qui ferait bondir ailleurs, mais qui est encore une démonstration du fort pouvoir d’Uribe et de son inquiétude d’être « mouillé » par le scandale de la « parapolitica ».
Un internaute me demande quels sont les liens d’Uribe avec les paramilitaires. Dans les faits, Uribe, ancien gouverneur du département d’Antioquia a promu des « coopératives de surveillance », conçues contre la guérilla, et qui cherchaient une plus grande collaboration entre les civils et l’armée, elles s’appelaient les « Convivir » et sont considérées comme un foyer important de paramilitaires et surtout comme une structure qui a permis à ceux-ci de se constituer en véritable armée, en leur permettant, en toute légalité, d’avoir accès à un armement de combat.
Ainsi commence une histoire qui se traduit selon les aveux des chefs paramilitaires dans des massacres, des disparitions, des fosses communes. Certains parlent de 300.000 morts. Il y a en Colombie, selon l’Onu, 4 millions de déplacés, le second pays au monde, après le Soudan et avant l’Irak, ce sont essentiellement des paysans qui fuient la violence où qui ont été chassés par la violence des paramilitaires et des autres groupes armées.
En Colombie le trafic de drogues est à l’origine de fonds colossaux qui permettent à tous les groupes armées, à des secteurs importants de la société de financer leurs activités.
La consommation de cocaïne est en hausse en Belgique et en Europe. Ces marchés avec les USA sont en expansion et la Colombie fournit une part importante de la drogue. Cela crée une situation très complexe ou ceux qui résistent ou dénoncent sont assassinés.
Et au milieu de cela, le sort des otages risque d’être négligé. Seules les familles, les associations, les organisations de droits de l’homme et quelques personnalités ou journalistes rappellent inlassablement le droit pour chacun d’entre nous de disposer librement de ses mouvements et de ne pas subir de traitements inhumains et dégradants. C’est aussi mon engagement.



